Aminata Sow Fall récompensée par l’Académie française

Aminata Sow Fall est la doyenne des lettres sénégalaises. À 74 ans, elle vient d’être primée par l’Académie française.

L’Académie française, fondée en 1634 et officialisée en 1635 par le cardinal de Richelieu sous le règne de Louis XIII, est une institution française qui a pour fonction de normaliser et de perfectionner la langue française. Elle a publié en 1694 sa première édition du dictionnaire de l’Académie française. La neuvième édition est en cours d’élaboration. Les membres de l’Académie française appartiennent principalement à la vie culturelle (romanciers, poètes, hommes de théâtre, philosophes, critiques, historiens), mais peuvent être également des hommes d’État, des militaires de haut rang ou des dignitaires religieux. La majorité des membres de l’Académie française sont originaires de France, mais certains membres élus viennent de l’étranger.

Grand prix de la Francophonie de l’Académie française 2015 pour l’une des pionnières des lettres africaines

Le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française distingue chaque année l’œuvre d’un écrivain francophone qui a « contribué de façon éminente au maintien et à l’illustration de la langue française ». Cette année, le récipiendaire de ce prix est la grande dame des lettres africaines, la sénégalaise Aminata Sow Fall. Elle est l’auteur d’une dizaine d’œuvres littéraires (romans, nouvelles et recueils). Elle a régulièrement été récompensée par des prix prestigieux. En 1979, La grève des bàttu, son roman le plus connu, avait été présélectionné pour le prix Goncourt.

C’est à son retour d’un long séjour d’études en France qu’Aminata Sow Fall était venue à la littérature. Tout en poursuivant sa carrière dans la fonction publique, elle a publié en 1976 son premier roman, Le Revenant, dénonçant la corruption de son pays. Mais c’est son second roman, La grève des bàttu, qui témoigne de sa grande maturité de narration et d’analyse sociale. Elle y dépeint des faits réels, la révolte des mendiants de Dakar, considérés à l’époque comme des rebuts de la société. Ce roman, quoiqu’il n’ait pas obtenu le Goncourt pour lequel il avait été présélectionné, a connu un large succès à l’étranger, particulièrement en France, et est devenu un classique de la littérature francophone.

Aminata Sow Fall écrivaine engagée, sans féminisme ni négritude

Aminata Sow Fall portrait buzz africa
Femme de lettres engagée, Aminata Sow Fall a également traité, dans ses œuvres de fiction réalistes, de la dictature, de l’aliénation sociale, du métissage, de l’immigration et de la détresse économique.

Allant à contre-courant de la littérature africaine au service de la réhabilitation de l’homme noir, Aminata Sow Fall a pris ses distances par rapport à la négritude chère à son compatriote Senghor. Elle voulait « créer une littérature qui reflète simplement notre manière d’être, qui soit un miroir de notre âme et de notre culture. »

Quoique l’un des premiers écrivains femmes de l’Afrique francophone, Aminata Sow Fall n’a jamais été une romancière féministe fixée sur les questions de patriarcat ou de polygamie. Certes, elle nourrit ses fictions des problématiques de la condition féminine, mais elle parle aussi des hommes et des dérives religieuses ou sociales.

La doyenne des lettres sénégalaises reste, à 74 ans, l’auteur de l’une des littératures les plus inventives du continent africain. Cette distinction littéraire brille aujourd’hui sur toute la littérature africaine, et en particulier sur la littérature sénégalaise.

Photos : upload.wikimedia.org et babelio.com

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