AfrikaBurn : une utopie venue d’ailleurs

Devant vous un homme au chapeau de cowboy, lunettes de soleil énormes, slip en fourrure, qui conduit un vélo géant en forme de poisson sorti tout droit de Mad Max. A droite le doux son d’une musique psychédélique, avec des personnages déguisés en extraterrestres… au loin : rien c’est le désert. Bienvenue à AfrikaBurn !

AfrikaBurn, c’est la « filiale sud-africaine » du célèbre festival Burning Man né dans le désert du Nevada en 1986. AfrikaBurn s’installe le désert du Karoo depuis huit ans. L’idée est simple : créer le temps d’une semaine un univers utopique qui prône l’autosuffisance, la créativité, le partage, la tolérance, la liberté, la pratique du don et l’effort commun. A la fin du festival on brûle un homme en bois géant, sûrement un symbole de l’éphémère. Les participants au festival sont les acteurs et non les spectateurs de celui-ci, et préparent toute l’année des œuvres d’art et des costumes loufoques. Bref, un Woodstock du 21ème siècle avec de beaux principes.

Transformation de soi, vivre le moment présent, ne laisser aucune trace

Les « burners » décrivent l’expérience comme transformatrice. « Ce n’est pas un festival, c’est un état d’esprit » dit Malissa dans un article de WEDemain. On choisit d’abord une « tribu » avec laquelle on vivra pendant le festival. Ensuite, arrivé sur place on sonne un gong qui marque l’entrée dans le monde des burners. Bref, toute une série de rites initiatiques qui participent à cette expérience unique. Et enfin c’est parti pour une semaine de déconnexion et de redécouverte de l’instant présent. Une vraie mixité des genres mais une pauvre mixité des classes sociales…

Tout gratuit, ou presque…

Ce festival est donc parfait pour nos amis fêtards en quête d’une liberté extrême le temps d’une semaine. Ici pas d’argent, que de l’échange. On amène tout ce qu’on consomme et on nettoie tout en repartant. Joli concept. Tu me donnes un jus de fruit, je te donne un cours de Yoga, je te mets de la sono à fond, tu me donnes un sandwich.

Tout est gratuit, ou presque : le droit d’entrée est de 1000 rands (75 euros)! Selon certains le prix du billet est en train de brûler les ailes du Burning Man aux Etats-Unis. On est passé de l’utopie au business du rêve, avec entrées VIP, grillages autour du site et droit d’entrée dépassant les 300$. Eh oui, le droit de ne pas avoir à dépenser de l’argent ça se paye de plus en plus cher. Espérons qu’AfrikaBurn ne vire pas dans cette direction-là.

En tout cas, si l’on regarde les photos d’AfrikaBurn peu de présence de la population noire africaine. On est plutôt chez les fêtards blancs d’Afrique du Sud et d’ailleurs. D’ailleurs avec un prix d’entrée aussi élevé, il est clair que ce festival reste réservé à une catégorie sociale aisée. Un festival aux beaux principes … mais pour ceux qui ont les moyens !

A quand un Afrika Burn vraiment africain?

Dans le principe, le concept de Burning Man est une bouffée d’oxygène dans un monde où tout est régi par les interdits et où l’on prend de moins en moins de temps pour se connaître et partager avec les autres. La question qu’on pourrait se poser est, comment faire pour que ce genre d’événement et les valeurs qu’il souhaite véhiculer attirent un public plus diversifié et réellement africain.

Les valeurs transmises dans ce festival sont parfois perdues en Occident mais existent encore dans beaucoup de sociétés du continent africain. Le partage et la solidarité, bien que souvent éclipsés dans les grandes agglomérations sont des notions présentes dans beaucoup de communautés rurales. La fête et l’extase aussi. Ne serait-il pas finalement plus judicieux de faire un AfrikaBurn mêlant la créativité de communautés venant de tout le continent et permettant à tous les Africains de vivre des instants de paix et de fêtes ? Peut-être qu’AfrikaBurn serait un bon remède à la promotion de la liberté d’expression si souvent bafouée sur notre continent!

Sources des photos : fest300.com

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