eL Seed et Shoof : artistes et calligrapheurs

Le street art est un art récent dans les pays du Maghreb. Après les printemps arabes, de nombreux artistes ont réinvesti les rues, certains avec une vision politique et d’autres à la recherche d’un message plus universel. Parmi eux, eL Seed, un artiste franco-tunisien qui travaille la calligraphie arabe sous la forme de graffiti. Son dernier projet : un dessin monumental dans le quartier des chiffonniers du Caire.

“Si quelqu’un veut voir la lumière du soleil, il faut qu’il se frotte les yeux.” Voici le message que l’artiste franco-tunisien a décidé d’écrire sur les murs du quartier Manchiet Nasser, au Caire. C’est dans ce quartier populaire egyptien que vit la communauté Zaraeeb. La grande majorité de ses habitants vit grâce à la collecte et au recyclage des déchets produits dans la capitale. Le nom de ce projet : Perception. L’objectif de l’artiste : promouvoir la tolérance et l’ouverture d’esprit et questionner les idées fausses et les différences. Message politique ? Pour l’artiste, la réponse est non. Il préfère parler de message universel et apolitique. Et son aspect monumental, sous la forme d’une anamorphose, visible seulement à distance, crée les conditions de cette universalité. C’est également la raison pour laquelle il choisit de mixer calligraphie arabe et graffiti, souvent appelés calligraffiti.

Entre tradition et modernité

Agé de 35 ans, l’artiste, tunisien d’origine mais qui a grandi en France, est retourné dans le pays de ses parents à l’adolescence. A la recherche de ses racines, il en a profité pour apprendre la calligraphie arabe. Il a depuis travaillé sur différents projets sur le continent africain mais également plus loin : à Paris, Rio ou encore Dubaï. Il n’est pas le seul à choisir cet art, comme un pont entre la tradition et la modernité, pour exprimer et partager sa vision du monde. Les calligraffitis sont en effet assez répandus dans tous les pays du Maghreb.

Shoof ou la déconstruction du langage

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Un autre calligrapheur, Shoof, originaire de Tunis, utilise de la peinture pour dessiner des bouts de lettres. Certains morceaux de peinture dégoulinent et donnent cette impression de coulure où le trait du dessin s’étire. L’idée de départ est la déconstruction du langage et des signes. Il interroge la place du langage dans nos sociétés. Contrairement à eL Seed, Shoof, qui a étudié l’histoire, l’anthropologie et la sociologie politique, considère que chaque projet, chaque graffiti peut être vu comme un message politique. Pour lui les graffs sont l’expression de la revendication mais aussi la preuve de la réappropriation de l’espace public. Par contre le plus important reste selon lui la force émotionnelle qui se dégage d’un lieu. Dans la rue, dans les galeries ou les musées, le point de départ de l’art reste donc malgré tout une émotion.

Sources des images : streetartnews.net et soocurious.com

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