Comment l’Afrique peut-elle financer son développement ?

Face aux limites de l’aide internationale et de ses systèmes de financement traditionnels, l’Afrique peut et doit assurer elle-même son développement et sa croissance. Retour sur les mécanismes et les solutions qui lui permettront d’y parvenir.

L’Afrique connait actuellement une intense période de mutations et de défis. Un assainissement de la vie politique semble s’amorcer, parallèlement à une intensification de la pression terroriste dans de nombreuses régions. Afin de faire pencher la balance du côté de la prospérité et de la démocratie, il est plus que jamais nécessaire que l’Afrique se fasse le lit d’une croissance durable. Les dirigeants africains se rendent compte aujourd’hui que l’aide internationale ainsi que les mécanismes de financement utilisés traditionnellement sur le continent sont insuffisants pour générer un terreau favorable à un développement économique viable. Quelles sont alors les solutions et les atouts sur lesquels peut s’appuyer l’Afrique afin d’asseoir une croissance saine et auto-suffisante ?

Le défi des infrastructures

Le nerf de la guerre repose sur l’amélioration des infrastructures : les réseaux électrifiés, les transports routiers, ferroviaires, les équipements et services publics, la sortie du chaos urbain comme la modernisation des zones rurales, sont autant de sujets sur lesquels l’Afrique a accumulé un retard qu’il est temps de combler. Sans le support de tels outils fondamentaux, il est impossible d’espérer générer une activité économique saine et efficace.

La commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) estime que le développement de ces infrastructures pourrait entraîner une hausse de 2% du PIB, ouvrant ainsi les portes à une industrialisation renforcée et génératrice de richesse et d’emplois. Or, toujours selon la CEA, le besoin annuel pour y parvenir se monte à 93 milliards de dollars par an, alors que le continent ne peut en consacrer que 45. Il faut donc absolument trouver comment financer les 48 milliards restant.

Des solutions économiques

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Oswell Binha

Des mécanismes économiques et financiers devraient permettre de dégager les ressources nécessaires. De formidables économies sont réalisables en simplifiant le commerce intra-africain tout d’abord. Oswell Binha, président de l’association des chambres de commerce de la communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) résume le problème de fond : la rigidité des échanges intra-africains, des modèles politiques protectionnistes et fermés, les différences d’un pays à l’autre, et, en résumé, un manque de confiance entre des entités politiques et culturelles qui devraient être partenaires, sont les premiers freins à l’optimisation des ressources africaines.

La richesse incomparable du sol et du sous-sol africain constitue le second levier pour permettre aux pays africains de soutenir cette marche vers la prospérité. Une agriculture modernisée et une redirection des revenus de l’extraction de minerais et de combustibles minéraux vers le soutien à l’économie plutôt que vers des intérêts privés ou extra-africains seraient ainsi à même de générer un développement local durable et une manne de ressources financières considérable.

Et des solutions financières et fiscales

La Banque africaine de développement décrit l’Afrique comme le marché proposant le potentiel d’investissement le plus élevé au monde. En optimisant les aspects économiques abordés à l’instant et en encourageant une épargne intérieure encore très faible, le continent africain serait à même d’attirer les fonds souverains, les fonds de pension, ainsi que les investissements étrangers directs, séduits par un environnement enfin porteur.

afrique croissance economie developpement buzz africa 3Le sujet des transferts de fonds est lui aussi primordial. De l’étranger vers l’Afrique, tout d’abord : l’argent provenant des ressortissants africains expatriés hors du continent peut constituer jusqu’à 10% du PIB de certains pays, mais le coût de tels transferts reste extrêmement élevé. La réduction de ces coûts aurait un impact très favorable sur le volume de ressources généré. Les transferts de fonds de l’Afrique vers l’extérieur est quant à lui lié au douloureux problème de la corruption, puisque c’est une fuite de capitaux estimée à près de 22 milliards de dollars annuels qui quitte le continent pour les paradis fiscaux sans contribuer au développement. Là encore, plusieurs initiatives nationales et régionales ont vu le jour afin d’en limiter l’impact, comme le Forum africain sur l’administration fiscale.

L’Afrique, pour peu qu’elle mette en œuvre des réformes courageuses, peut espérer assurer son propre développement et accéder à une prospérité durable. Si la pression de la baisse des cours des matières premières est un frein momentané, l’arrivée de nouveaux investisseurs comme le Brésil, la Chine, l’Inde ou la Russie ne peuvent que conforter l’optimisme à long terme.

Photos : blog.myc4.com et article.wn.com et theeastafrican.co.ke