Dambisa Moyo, l’économiste zambienne

Dambisa Moyo est une économiste zambienne née en 1969. Après des études à Oxford puis à Harvard, elle collabore avec la Banque mondiale et travaille sur l’étude des marchés de la dette chez Goldmann & Sachs. Elle a déjà publié trois livres dont « L’aide fatale », dans lequel elle critique les effets pervers de l’aide internationale sur le développement de l’Afrique.

Dambisa Moyo est une digne représentante de la génération d’universitaires africains de haut niveau qui souhaitent penser le développement africain d’une façon neuve, ambitieuse et iconoclaste. Après avoir fait ses classes à Oxford en obtenant un doctorat en économie au St Anthony’s College, elle reçoit en 1997 une maîtrise en administration publique à Harvard puis un MBA et même une licence de chimie à l’université de Washington. Parallèlement à ses activités de consultante et d’analyste des marchés de la dette, elle a écrit trois ouvrages dont l’impact a profondément marqué la vision du développement africain de nombre d’acteurs de la finance et de la politique internationale.

L’aide fatale

C’est notamment son livre « L’aide fatale : Les ravages d’une aide inutile et de nouvelles solutions pour l’Afrique » qui a provoqué le plus de réactions et de commentaires, par son analyse audacieuse et nouvelle des mécanismes économiques néfastes suscités par l’aide internationale sur le développement africain. Elle évoque en effet plusieurs points noirs dans le système quasi automatique du recours à l’aide extérieure dans la gestion des pays africains.

dambisa moyo buzz africa 2D’une part, elle note que cette forme de financement encourage et maintient en vie la corruption endémique présente dans la majeure partie de l’Afrique. Une grande partie de l’aide est détournée et la maîtrise de celle-ci confère pouvoir et contrôle à des dirigeants incompétents. L’impact de ces gouvernances médiocres et partiales est ravageur sur l’économie : le marché est faussé, la confiance des acteurs s’effrite, et le développement s’en trouve ralenti, voir annihilé.

La dépendance générée est elle aussi très néfaste. L’aide massive prend la place de mécanismes de marchés classiques comme l’épargne ou la dette intérieure, qui sont des moteurs de développement plus sains et durables. L’omniprésence de l’aide étouffe ces leviers indispensables de la croissance.

Repenser le développement africain

Face à la crise internationale, l’Afrique n’a de toute façon pas d’autre choix que de trouver de nouvelles solutions pour financer son développement. Dambisa Moyo voit tout d’abord un espoir dans le recours à la dette publique, mais souligne les efforts qui doivent être fournis avant d’y recourir : les états africains doivent avant tout assainir leur fonctionnement et rassurer les marchés avant de pouvoir espérer emprunter, quitte à mutualiser le risque entre plusieurs pays.

Elle évoque également l’importance d’attirer les capitaux étrangers sous forme d’investissement direct ou en commerçant avec eux, comme c’est déjà le cas avec la Chine par exemple. Il est également primordial d’encourager et de rendre moins couteux les transferts de fonds émanant des ressortissants africains émigrés à travers le monde.

Enfin, la mise en place de d’institutions saines et transparentes pourrait permettre l’émergence d’une épargne intérieure privée, qui constitue également un moteur de financement du développement durable et efficace.

Si les thèses de Dambisa Moyo ne recueillent pas l’assentiment de tous, elles ont cependant eu un écho certain auprès de nombreux dirigeants africains et de penseurs de la communauté internationale, et un débat constructif s’est enfin installé quant au problème du recours systématique de l’Afrique à l’aide internationale.

Photos : dambisamoyo.com et multiculturalworld4810.wordpress.com