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Le développement du tourisme de mémoire en Afrique de l’Ouest

Dans le domaine touristique, le continent africain est à la traîne. Il n’accueille, pour l’année 2015, que 5,8 % des visiteurs internationaux. Ce qui le place bien loin dans la liste des destinations touristiques du globe. Mais en contrepartie le secteur est en pleine croissance. Sa hausse de 4 % en 2014 place le continent en deuxième place des meilleures progressions de l’année derrière la première destination touristique mondiale : l’Asie du Sud-Est (+6 %). Et dans cette croissance, le tourisme mémoriel autour de l’esclavage devient un des secteurs que plusieurs pays africains veulent développer.

Ainsi dès 1994 l’Unesco a lancé, à Ouidah au Bénin, un projet nommé « La route de l’esclavage : résistance, liberté, héritage ». Cette vaste initiative mondiale a pour but, entre autres, la compréhension des causes et conséquence de l’esclavage et la préservation de lieux historiques importants. Elle se concentre, en Afrique subsaharienne, sur plusieurs sites majeurs classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco.

L’île de Gorée : 500 visiteurs par jour

tourisme-de-memoire-afrique-2Le Sénégal qui, contrairement à ses voisins, possède très peu de matières premières exploitables, développe son secteur touristique depuis longtemps. Le tourisme y est la deuxième source de revenu derrière la pêche. Le ministère de la Culture est très fier du succès touristique de l’île de Gorée classée par l’Unesco en 1978. Cette petite île de la baie de Dakar est devenue un des lieux de mémoire les plus populaires en Afrique de l’Ouest. En moyenne 500 visiteurs s’y pressent chaque jour selon le ministre de la Culture. Son rôle historique dans la traite négrière est pourtant sujet à controverse.

Les forts côtiers de Cape Coast et D’Elmina au Ghana furent classés au patrimoine de l’Unesco en 1979, soit un an après l’île de Gorée. Ces deux ports ont eu un rôle très important dans la traite des esclaves. La visite de Barack Obama en 2009 a eu un effet très positif sur le tourisme local, avec 20 % d’augmentation dans le secteur en deux ans. Même si il reste difficile d’évaluer le nombre de touristes venus dans le cadre du tourisme mémoriel, il est depuis quelques années en forte croissance dans la population nord-américaine descendante d’esclave.

Bénin : 1,8 milliards d’euros pour le réaménagement de « la route des pêches »

C’est dans la même optique que le Bénin cherche à inscrire Ouidah au patrimoine mondiale de l’Unesco. Plus d’un millions d’esclaves auraient transité par ce port, ce qui en faisait une plaque tournante du commerce triangulaire. Depuis 2014 le Bénin développe un vaste projet d’un montant de 1,8 milliards d’euros pour le réaménagement de « la route des pêches ». Cette route de 40 Km de long est un symbole emblématique de la traite négrière et se termine justement à Ouidah. Le gouvernement espère, grâce à la rénovation de cette piste côtière en un vaste complexe touristique, faire d’Ouidah, un lieu incontournable du tourisme mémoriel en Afrique.

Un dernier pays se lance dans le domaine : le Cameroun. Il souhaite de la même manière classer le petit village de Bimbia au patrimoine mondial. Une chercheuse américaine, Lisa Marie Aubrey, étudie depuis 2010 l’importance historique de ce petit village oublié. Bimbia aurait vu transiter 10 % des 12 millions d’esclaves vendus entre le XVIe et le XIXe siècle. Ce qui le place bien devant l’île de Gorée, pourtant bien plus célèbre.

10 % des chambres d’hôtels du continent aux normes internationales

Le classement au patrimoine de l’Unesco est donc un enjeu majeur pour les lieux touristiques de la région. Mais l’Afrique a d’autres problèmes à résoudre si elle souhaite développer son secteur touristique. Selon la Banque mondiale, seulement 10 % des chambres d’hôtels du continent sont aux normes internationales. Et d’après la Banque africaine de développement les offres de transport aérien sont encore très réduites sur le continent et les services de transport en général seraient un des freins au développement touristique. Des points noirs qu’il faudra très vite gommés pour avoir la prétention de devenir une zone phare du tourisme mondial.

Sources des photos : globeholidays.net et esclavage-memoire.com

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