Accueil » Économie » L’ambition de George Soros est elle pavée de bonnes intentions ?

L’ambition de George Soros est elle pavée de bonnes intentions ?

Tel un Janus, représenté de manière commune avec un double visage, George Soros présente des antagonismes assez marqués dans la conduite de ses affaires.

D’un côté, Soros prétend réduire les inégalités des systèmes, en particuliers auprès des pays moins développés, au travers des actions conjuguées de ses différentes organisations visant à dénoncer les inégalités, alors que d’un autre côté, sous le joug de la soif de spéculation , il préfère fermer l’œil sur l’impact social et les conséquences dévastatrices de ses investissements et fonds prédateurs, auprès de ces mêmes économies en voie de développement qu’il prétend défendre.

Faut il déplorer le fait que Le milliardaire George Soros, utilise les ONG qu’il finance pour promouvoir ses intérêts économiques, politiques et culturels. En d’autres termes plus directs: Soros le Philanthrope est il en compatible avec Soros le Spéculateur ?

Biocarburants : un premier cas « d’école » avec Adecoagro

Une des illustrations de cette dualité s’exprime dans le cas de la société Adecoagro SA, l’une des principales entreprises d’agroalimentaire sise en Amérique latine (Uruguay, Argentine, Brésil) où elle dispose de 269 000 hectares de terres productives et d’installations industrielles et dont l’investisseur principal n’est autre que Soros.

Le 15 août 2012, le site Agrimoney rapportait qu’Adecoagro vendait les terres agricoles 14 fois leur prix d’achat, en supprimant les cultures alimentaires pour les remplacer par des biocarburants.

Le 15 janvier 2013, Pratap Chatterjee de l’ONG CorpWatch incriminait directement Soros et Adecoagro pour leur action en Argentine, où le milliardaire fait du « killing buying and selling » de terres agricoles, qu’il transforme en zones de production de biocarburant.

Le prix des terres a crû « dramatiquement » et pose par ailleurs la question de l’impact environnemental. Adecoagro a vendu la ferme de La Alegria, située à General Villegas dans la province de Buenos Aires ; achetée 5,9 millions de dollars en 2007, la société la revendit 13,7 millions en 2011 après l’avoir transformée en terre de production « durable » de soja, de maïs et de blé. Les prix ont fortement augmenté, notamment en raison de la demande en biocarburants (suite au lobbying, notamment américain, contre le charbon et le pétrole).

En second lieu, les biocarburants constituent de véritables alternatives viables au pétrole. L’offre de Bio carburant dans le monde demeurant largement inférieur à la demande, assurant ainsi des prix élevés. Les bio carburant sont devenus de véritables mines d’or et constituent un véritable enjeu stratégiques pour les spéculateurs.

De manière logique, plus il y a de terres dédiées à la culture des biocarburants, moins il y en a pour permettre aux parents de nourrir leurs enfants avec des denrées de base, des fruits, des légumes et donc de la nourriture saine et nourrissante. Ceci a pour conséquence directe l’augmentation du prix des denrées alimentaires : d’ici 2020, les prix des oléagineux pourraient augmenter de 20% , les huiles végétales de 36% le mais de 22% le sucre de 21% et le blé de 13%

Dans le rapport intitulé « les semences de la faim » publié le 15 janvier 2013, Chatterjee critiquait ouvertement la politique menée par les spéculateurs tels que Soros, visant à transformer les terres agricoles en zone pour biocarburant, qui ont pour conséquences dévastatrice de déporter les paysans hors de leur terres afin de trouver une autre activité pour subvenir à leurs besoins élémentaires.

Deux jours après la publication de ce rapport,le 17 janvier 2013, le Wall Street Journal rapportait un investissement massif de six millions de dollars effectué par Soros au Mozambique, sur des terres agricoles qu’il allait transformer en Biocarburant.

En août 2013, c’est au Nigéria, que Adecoagro le bras agroalimentaire de Soros, décide d’investir. La « Kaboji Farm », un projet de Bio carburant au sein de terres agricoles constituait sa cible principale.

De telles pratique dans un pays soumis à une telle famine, peuvent s’avérer dévastatrices pour l’ensemble de la population et demeurent représentatives de l’avidité de Soros, et le manque de considération pour ces populations.

Mais George Soros, en spéculateur avisé a bien entendu diversifié son « portefeuille d’ONG » pour étendre son influence sur des secteurs plus stratégiques que l’agroalimentaire tels que celui des ressources minérales.

Open Society et Revenu Watch Institute : pionniers de la révision du code minier en Guinée Conakry

Président de Guinée Alpha Condé

Alpha Condé – Source Wikipédia.org

Pour situer le contexte, en 2011, animé par l’esprit de toilettage du secteur minier, Alpha Condé, nouvellement élu président de Guinée Conakry engage des réformes dès sa prise de pouvoir en 2010. Parmi les principaux acteurs de ces réformes minières, figure Revenu Watch Institute (RWI), une ONG occidentale à qui on attribue une grande influence dans l’aboutissement du processus.
Pour combler ce vide et propulser la Guinée sur le chemin du développement, Alpha Condé fait appel début 2011, à un philanthrope et ami : le même Georges Soros, milliardaire américain, d’origine hongroise qui oscille entre le business et l’humanitaire, et qui lui avait promis redonner le courant électrique à Conakry.

Il s’était donné une période de six mois. Pour joindre l’acte à la parole, il avait annoncé une enveloppe de 30 millions de dollars. Tout devait se préparer et se concrétiser par ses experts, venus du Canada.

Après Un an, Conakry baignait toujours dans l’obscurité. Quant à Soros le philanthrope, dans les coulisses, ses affaires n’ont pas chômé.

Revenu Watch Institute : Qu’est-ce que c’est ?

L’intervention du « philanthrope » sur le secteur minier se fera par l’intermédiaire de Revenu Watch Institute (RWI) à l’origine dénommé Human Watch Organisation.
RWI est une ONG à but non lucratif dont le leitmotiv est la promotion de la bonne gouvernance et de la transparence dans la gestion des industries extractives par les pouvoirs publics.

Une intervention en Guinée sur sollicitation du président Condé

En mettant en place un comité technique auquel prend part le RWI, Alpha Condé assisté de George SOROS réexamine les conventions qui lient l’Etat guinéen à l’entreprise BSGR (Beny Steinmetz Group Ressource) à propos de l’exploitation du gisement Simandou et procède à l’adoption d’un nouveau code minier.

Pour rappeler le contexte, BSGR avait obtenu dès 2007, la moitié de la concession de la mine d’acier et de bauxite gigantesque de SIMANDOU aux dépends de l’exploitant historique Rio Tinto. Rio Tinto est le géant Australo-Anglais spécialisé dans l’exploitation minière, et conseillée par George Soros.

Cette multinationale, détentrice de la license d’exploitation de Simandou, n’avait lancé aucune exploitation depuis plus de 15 ans pour des raisons stratégiques : exploitant des mines de bauxites et d’acier dans des pays voisins, cette License de SIMANDOU permettait en effet à Rio Tinto de protéger les prix de l’acier en contrôlant la production de ce minerai. Le grand perdant demeurait la Guinée qui n’avait perçu aucun revenu pendant toute cette période.

BSGR, en 2008 après s’être vue octroyée la moitié de la license de SIMANDOU inexploitée par Rio Tinto, quant à lui était arrivé avec un véritable plan d’investissement lié à l’exploitation de ce gisement, prévoyant entre autres la construction de chemins de fer, essentiels au transport des produits du gisement, ainsi qu’un grand nombre d’infrastructures essentielles au développement du pays.

BSGR s’était également dotée d’un partenaire expert en matière d’exploitation minière, le géant brésilien Vale, concurrent historique de Rio Tinto.
Inutile de préciser que le projet proposé par BSGR et Vale constituait pour la première fois dans l’histoire de la Guinée Conakry, un véritable potentiel de revenu.
L’opinion internationale, qui reconnaissait la valeur du projet présenté par BSGR a fait preuve de beaucoup d’étonnement suite à la décision de Alpha Condé.

Une assistance à l’adoption d’un nouveau code minier

En effet, Soros et Condé, (était-ce pour protéger les intérêts de Rio Tinto ?) ne comptaient pas en rester là. Alors, grâce à l’appui du RWI, le gouvernement guinéen adopte un nouveau code minier en 2011. À travers cette réforme, il est visé une meilleure gestion des exploitations minières ainsi qu’un renforcement du rôle de l’Etat guinéen. Désormais, l’État guinéen aurait droit à 15% des actions dans chaque projet. L’ONG RWI se félicite d’avoir permis l’adoption de certaines dispositions particulières comme la publication de tous les titres miniers et conventions minières, et des règles pour lutter contre la corruption.

Mais beaucoup d’acteurs guinéens fustigent l’avènement de cette nouvelle réforme, trouvant qu’elle a été précipitée et que les sujets concernés n’ont pas été associés aux travaux. Résultat, les produits des mines nouvellement promis à l’Etat Guinéen demeurent à ce jour totalement inexistant.

Comme on peut le remarquer dans l’article « Guinée : des gisements dorment » publié par Christophe Le bec le 01 février 2012 sur jeuneafrique.com, Thierry Lauriol, avocat guinéen déclare à ce propos : « Le texte comprend des passages en contradiction avec la loi guinéenne, c’est un cauchemar pour les juristes ! ». Le même article nous traduit la déception du vice-président de la chambre des mines MamadyYoula qui trouve que : « Le code a été élaboré trop rapidement…mais sans consultation des dirigeants et professionnels du secteur ».

Soupçonnée par Beny Steinmetz d’être un instrument à la botte de George Soros qui veut l’exproprier de ses affaires en Guinée, on est à même de s’interroger sur l’indépendance du RWI. De manière plus générale, il faut pouvoir identifier les motivations qui ont poussé Alpha Condé et Soros à écarter Beny Steinmetz et BSGR hors de Guinée.

Articles similaires