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Muhammadu Buhari, premier président élu démocratiquement au Nigéria

Pour la première fois, le Nigéria a élu un président démocratiquement. Muhammad Buhari, le nouveau chef de l’État, aura fort à faire pour sortir son pays du sous-développement et de la corruption.

Corruption, grande pauvreté, pénuries, manque d’infrastructures, inégalités, terrorisme, instabilité politique… dire que beaucoup d’espoirs reposent sur Muhammadu Buhari, le nouveau président Nigérian, est un euphémisme. Même si le Nigéria est désormais la première économie d’Afrique, son premier producteur pétrolier et son pays le plus peuplé, le diagnostic social et politique que l’on avait pu en dresser jusqu’à aujourd’hui était des plus sombres. Mais pour la première fois dans l’histoire du pays, un président sortant n’a pas été réélu, et a cédé le pouvoir de façon démocratique et paisible au candidat de l’opposition. Il s’agit d’un événement d’une grande portée pour l’Afrique.

Des élections coûteuses et compliquées, mais des élections

Tout d’abord prévues pour se tenir le 14 février 2015, les élections ont été repoussées au 28 mars en raison de la distribution insuffisante de cartes d’électeurs dans le pays, ainsi que pour prendre le temps de juguler la percée de Boko Haram au nord-est. Du 25 mars jusqu’au jour du scrutin, les frontières terrestres et maritimes du pays ont été fermées, puis les élections furent repoussées à nouveau en raison de problèmes techniques dus aux lecteurs biométriques des cartes d’électeurs.

Et c’est finalement le 31 mars que Goodluck Jonathan, le président sortant, a concédé la défaite à Muhammadu Buhari, par 2,5 millions de voix d’écart, après la tenue des élections les plus coûteuses de l’histoire du continent.

Un défi gigantesque pour un président au passé controversé

La tache s’avère compliquée pour Buhari. A titre d’exemple, la place de premier producteur pétrolier d’Afrique n’a pas empêché le Nigéria de connaître une grave pénurie d’essence tout récemment. En effet, le pays vend son pétrole brut, mais doit importer son essence. L’insurrection des troupes de Boko Haram dans certains états au nord-est du pays constitue également une grave menace pour le pouvoir fraîchement installé. Mais c’est avant tout sur le dossier de la corruption que le nouveau président est attendu. Ce problème mine le pays depuis des décennies, et le peuple nigérian a décidé de faire confiance à Buhari pour y remédier.

Il s’agit pourtant bien de l’ancien général de l’armée nigériane, qui avait pris le pouvoir en 1983 lors d’un coup d’état et dont les proches avaient été impliqués dans plusieurs scandales de corruption. Celui-ci clame avoir modéré ses ardeurs dictatoriales, et se décrit lui-même comme un « démocrate converti ». Il avait déjà fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille lors des élections de 2011, mais ce sont également ses partisans qui au même moment avaient attaqué des colonies chrétiennes dans le centre du pays, faisant 800 morts, suite à ses déclarations enflammées.

Un signal fort pour l’Afrique

S’il est actuellement difficile d’ignorer le passé de Buhari, il faut néanmoins noter l’amélioration indéniable du processus démocratique au Nigéria, puisque ces élections se sont déroulées sereinement et équitablement. La démocratie se conquiert pas à pas, et c’est le premier d’entre eux que vient peut-être de franchir le Nigéria, une des puissances majeures du continent africain. Il faut espérer que ce signal retentisse aux oreilles de l’Afrique entière.